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Pratiques paramédicales

Financement ACI en MSP : le bilan des exigences

En 2024, plus de 2 800 Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) sont engagées dans un Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) sur le territoire national.

Financement ACI en MSP : le bilan des exigences

Financement ACI en MSP: le bilan des exigences

Ce chiffre, en progression régulière depuis la signature initiale du cadre conventionnel en avril 2017, reflète une dynamique de structuration de la médecine de groupe qui dépasse désormais le stade expérimental. Pourtant, le mécanisme de rémunération attaché à l'ACI repose sur un socle d'obligations précises, encadrées par des textes régulièrement mis à jour — le dernier en date étant l'avenant n° 2, signé le 5 juin 2026 et approuvé par arrêté le 1er juillet suivant. Comprendre le financement ACI, c'est comprendre la logique contractuelle qui sous-tend l'exercice coordonné en France.

L'architecture conventionnelle: un tripartite encadré

L'ACI ne se résume pas à une ligne budgétaire. C'est un contrat tripartite signé entre la MSP, la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) et l'Agence Régionale de Santé (ARS). Sa signature conditionne l'accès à une rémunération forfaitaire complémentaire, distincte des honoraires à l'acte et des forfaits de coordination existants.

Pour être éligible, la structure doit satisfaire plusieurs critères organiques préalables. L'équipe pluriprofessionnelle de soins primaires doit comporter au minimum deux médecins généralistes et au moins un autre professionnel de santé — paramédical ou médical. Cette composition minimale constitue le socle sans lequel aucun engagement ACI ne peut être formalisé.

Par ailleurs, la MSP doit se constituer sous forme de Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires (SISA) dans un délai de six mois à compter de la signature du contrat tripartite. La SISA n'est pas une option juridique parmi d'autres: c'est la forme exclusive imposée par le cadre conventionnel. Elle garantit une gouvernance partagée entre les professionnels de santé regroupés et permet l'attribution collective des financements.

Le projet de santé de territoire, validé par l'ARS, complète ce socle. Il formalise les engagements de la MSP en matière d'organisation des soins, de réponse aux besoins sanitaires locaux et de coopération avec les acteurs du maillage territorial. Sans projet de santé validé, point de signature ACI — cette exigence constitue un filtre structurant qui distingue les MSP conventionnées des simples regroupements de praticiens.

Les trois axes d'engagement: accès, coordination, numérique

Le financement ACI repose sur trois grands axes d'engagement, articulés autour d'indicateurs mesurables. Cette architecture tripartite ne relève pas d'une logique comptable: elle reflète une politique de santé publique qui vise simultanément l'accessibilité territoriale, la synergie des pratiques et la modernisation des outils de coordination.

L'accès aux soins constitue le premier axe. Il englobe les plages d'accueil sans rendez-vous, l'élargissement des horaires d'ouverture et la prise en charge de la patientèle de référence — une base de 4 000 patients servant de socle de calcul. L'enjeu est de taille dans les territoires sous-dotés, où la densité médicale impose des organisations adaptées pour maintenir un accès effectif aux soins de premier recours.

Le travail en équipe et la coordination forment le deuxième axe. Il recouvre la répartition des tâches entre professionnels, les protocoles de coopération (notamment les actes infirmiers en avancée pratique), la coordination des parcours de soins complexes et les réunions de concertation pluriprofessionnelle. C'est sur cet axe que se joue la différence qualitative entre un exercice juxtaposé et un exercice véritablement coordonné.

Le système d'information partagé constitue le troisième axe. Il impose la mise en place et l'utilisation effective d'un dossier patient informatisé partagé (DPI), l'usage d'une messagerie sécurisée de santé et la transmission structurée des données de soins. La dimension numérique n'est plus un bonus: c'est un prérequis normatif dont le non-respect affecte directement le niveau de rémunération.

L'ACI ne rémunère pas l'existence d'une MSP, mais la preuve documentée d'une organisation effective — chaque indicateur non atteint diminue mécaniquement le financement perçu.

Le mécanisme de rémunération: avance, régularisation, montants

Le système de financement ACI fonctionne selon une logique d'avance et de régularisation. Une avance de 60 % de la rémunération annuelle estimée est versée au cours de l'année, avec un montant minimum d'avance garanti de 12 000 €. Le solde est ensuite régularisé lors du bilan annuel, en fonction du taux d'atteinte réel des indicateurs.

Le montant minimum ACI s'établit à 20 000 € par an pour une MSP respectant l'ensemble des indicateurs obligatoires (dits « socles »). Ce plancher conventionnel constitue un signal d'attractivité non négligeable pour les structures en constitution, dans un contexte où le financement des soins de premier recours reste structurellement contraint.

Jusqu'à l'avenant 1, publié au Journal Officiel le 3 août 2022, le système reposait sur une conversion en points: chaque indicateur atteint valait un certain nombre de points, eux-mêmes valorisés à un taux fixe de 7 € par point. Ce mécanisme, hérité de la convention médicale classique, offrait une lisibilité comptable mais limitait la granularité des incitations.

L'avenant n° 2, signé en juin 2026, restructure cette architecture. Il supprime le système de conversion en points au profit d'un affichage direct des montants par indicateur. Chaque engagement est désormais libellé en euros, ce qui renforce la transparence du dispositif et simplifie le pilotage interne des MSP. Par ailleurs, cet avenant introduit un bloc complémentaire facultatif, dénommé « France Santé », dont le barème précis varie selon la taille de la structure et les engagements souscrits.

Indicateurs socles et indicateurs optionnels: la mécanique de l'évaluation

La rémunération ACI ne constitue pas un forfait déconnecté des résultats. Elle est directement indexée sur l'atteinte d'indicateurs répartis en deux catégories: les indicateurs socles (obligatoires) et les indicateurs optionnels.

Les indicateurs socles couvrent les exigences minimales des trois axes d'engagement. Ils portent sur des dimensions concrètes: nombre de plages d'accès direct, taux de recours au dossier patient partagé, participation aux réunions de concertation, suivi des patients atteints de maladies chroniques. Leur atteinte conditionne le versement de la part garantie du financement.

Les indicateurs optionnels permettent d'accéder à une rémunération complémentaire. Ils récompensent des pratiques avancées: coordination renforcée avec les structures hospitalières, participation à des actions de santé publique territoriale, développement de compétences spécifiques au sein de l'équipe. Leur sélection est choisie par la MSP en fonction de son projet de santé et de ses priorités organisationnelles.

CatégorieType d'indicateurEffet sur le financementExemples de thématiques
SocleObligatoireConditionne le versement de baseAccès direct, DPI partagé, concertation pluriprofessionnelle
OptionnelChoisi par la MSPRémunération complémentaireCoordination hospitalière, actions de santé publique, montée en compétences
France Santé (avenant 2)Facultatif, bloc complémentaireFinancement additionnelEngagements territoriaux élargis, coopérations inter-MSP

L'évaluation repose sur un bilan annuel au cours duquel les données déclaratives et les données extraites des systèmes d'information sont confrontées aux seuils conventionnels. Une MSP qui n'atteint pas les indicateurs socles perd une partie de l'avance perçue — le reversement mécanique constitue un mécanisme de discipline contractuelle sans équivalent dans les autres dispositifs de financement des soins de premier recours.

La SISA comme pivot juridique et financier

La Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires n'est pas un simple véhicule juridique. C'est l'organe par lequel transite la totalité des financements ACI et au sein duquel s'exerce la gouvernance partagée de la MSP.

La constitution en SISA implique des obligations comptables propres: tenue d'une comptabilité autonome, répartition des résultats selon des règles définies dans les statuts, contrôle de gestion interne. Les médecins et professionnels de santé qui composent la MSP deviennent associés d'une structure dotée de la personnalité morale, avec les droits et responsabilités que cela suppose.

Le délai de six mois imposé par l'ACI pour la création de la SISA contraint les structures en cours de constitution à anticiper la dimension juridique et patrimoniale de leur projet. Les MSP qui n'ont pas achevé cette formalité dans le délai imparti perdent le bénéfice de la convention — un mécanisme de purge qui accélère les processus de structuration mais peut aussi exclure des projets porteurs mais ralentis par les contraintes administratives.

Flux de patients et maillage territorial: l'optique systémique

Le financement ACI ne se comprend pas de manière isolée. Il s'inscrit dans une politique plus large de réorganisation du maillage territorial des soins de premier recours. Les MSP conventionnées ACI constituent des nœuds dans un réseau de santé dont la maille se resserre progressivement, en réponse à la densification inégale de l'offre médicale sur le territoire national.

Dans les zones caractérisées par un déficit d'attractivité médicale, l'ACI joue un rôle de stabilisation: la rémunération forfaitaire complémentaire réduit la dépendance exclusive à l'acte et permet des aménagements organisationnels — plages d'accueil élargies, télémédecine intégrée, coordination renforcée avec les structures d'appui — qui seraient financièrement inviables dans un modèle purement libéral.

La communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), dispositif voisin mais distinct, interagit avec les MSP ACI sur les mêmes territoires. La articulation entre CPTS et MSP n'est pas toujours fluide — chevauchements de périmètre, différences de gouvernance, temporalités de déploiement décalées — mais la dynamique globale va vers une intégration progressive des outils de coordination à l'échelle infra-départementale.

Le passage d'un système de points à un affichage en euros, opéré par l'avenant 2, ne change pas seulement la présentation: il modifie la lisibilité des arbitrages internes de chaque MSP.

Ce que l'avenant 2 de 2026 modifie concrètement

L'avenant n° 2, entré en vigueur par arrêté du 1er juillet 2026, restructure le cadre conventionnel sur plusieurs points significatifs.

Le premier changement est la suppression du système de conversion en points. Dans le cadre antérieur, chaque indicateur était valorisé en points convertis à un taux fixe de 7 €. L'avenant 2 remplace cette mécanique par un affichage direct des montants en euros par indicateur. L'objectif affiché: simplifier la lecture conventionnelle et permettre aux MSP de mesurer immédiatement la valeur financière de chaque engagement.

Le deuxième changement majeur est l'introduction du bloc complémentaire facultatif « France Santé ». Ce bloc ouvre la possibilité d'engagements supplémentaires, assortis de financements additionnels, qui portent sur des thématiques territoriales élargies. Le barème précis de ce bloc, variable selon la taille de la MSP, n'est pas encore intégralement publié pour l'ensemble des configurations — les MSP devront se référer aux textes réglementaires d'application pour connaître les montants exacts applicables à leur situation.

Enfin, l'avenant 2 réaffirme le cadre des indicateurs socles tout en actualisant les modalités d'évaluation. La logique d'avance de 60 % et de régularisation est maintenue, mais les grilles d'analyse sont alignées sur les priorités de santé publique actualisées — un ajustement qui reflète l'évolution des besoins territoriaux depuis la première signature de l'ACI en 2017.

Conclusion: un modèle conventionnel en consolidation

L'ACI constitue aujourd'hui le principal levier conventionnel de financement de l'exercice coordonné en MSP. Son architecture — tripartite, conditionnelle, évaluée — impose une rigueur organisationnelle qui transforme la gouvernance des maisons de santé et structure leur rapport à l'offre de soins territoriale.

Les évolutions introduites par l'avenant 2, notamment l'abandon du système de points et l'instauration du bloc « France Santé », marquent une étape de maturation du dispositif. Elles témoignent d'une volonté de passer d'un cadre incitatif expérimental à un modèle conventionnel pleinement intégré dans le paysage des soins de premier recours.

Pour les MSP engagées ou en projet, l'enjeu n'est plus seulement d'accéder au financement ACI — c'est de construire une organisation suffisamment robuste pour en capter durablement les effets, dans un environnement territorial en recomposition permanente.