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Prévention santé : pourquoi le système français peine à protéger les plus vulnérables

D'après un récent décryptage signé Nice-Matin et réunissant plusieurs acteurs régionaux de la santé, la prévention française se heurte à quatre angles morts structurels qui creusent les inégalités…

Prévention santé : pourquoi le système français peine à protéger les plus vulnérables

Inégalités, bureaucratie, pression des lobbys... Les grands angles morts de la prévention en santé

D'après un récent décryptage signé Nice-Matin et réunissant plusieurs acteurs régionaux de la santé, la prévention française se heurte à quatre angles morts structurels qui creusent les inégalités plutôt qu'ils ne les résorbent. Le constat, sans concession, cible des campagnes déconnectées des publics vulnérables, un horizon politique trop bref pour porter des résultats sanitaires, une inertie face aux lobbys industriels et un millefeuille administratif qui bloque les initiatives de terrain. Pour vous, patient, identifier ces blocages permet de mieux comprendre pourquoi certaines actions préventives vous parviennent — et d'autres non.

Quatre angles morts, un même effet: creuser les inégalités

Le premier obstacle est sociologique. Loïck Menvielle, directeur de la chaire « management in innovative health » de l'EDHEC, décrit un véritable « aveuglement » des campagnes de prévention, « déconnectées des publics vulnérables » et ciblant plutôt les populations favorisées et diplômées. Le tabac en donne une illustration parlante: le nombre total de fumeurs recule, mais la prévalence reste stable chez les femmes et dans les milieux les plus défavorisés. Pour Menvielle, la stratégie doit être revue: il faudrait mobiliser la psychologie comportementale si l'on veut espérer modifier les habitudes.

Le deuxième angle mort est temporel et électoral. Le Dr Renaud Ferrier, représentant de l'URPS médecins libéraux, souligne l'incompatibilité entre le temps long de la santé et l'horizon court des mandats: « Le décalage entre la mise en place d'une prévention et son efficacité ne peut pas être assumé politiquement avec la durée des mandats actuels. » Il invite aussi sa profession à dépasser la culture du « tout-médicament »: « La prise en charge globale d'un patient ne se limite pas à une ordonnance: elle doit impérativement inclure des conseils simples sur la nutrition et l'activité physique. »

Troisième frein, l'inaction face aux intérêts économiques. Sylvie Thibault, responsable développement durable du centre Antoine Lacassagne, interpelle: « Aujourd'hui, on réintroduit un pesticide dont on sait pourtant, grâce à des études, qu'il est mauvais pour la santé. Il y a un manque de cohérence et de courage face aux lobbys industriels. »

Quatrième obstacle, le millefeuille administratif. Jean Ziegler, directeur de la clinique Sedna Santé, cite le financement de l'activité physique adaptée aux patients atteints de cancer comme exemple parlant: « On a une vraie envie de nous engager sur la prévention au-delà du simple curatif, mais les complexités administratives nous empêchent de répondre à ce genre d'appels à projets. »

Ce que cela change pour vous, patient

Pour William Luquet, directeur adjoint du groupe hospitalier de la Riviera française, la prévention reste néanmoins un levier d'accès aux soins: « Au-delà de l'information et de l'accompagnement qu'elle apporte, elle permet de rapprocher l'offre médicale des habitants et de désenclaver certains territoires. » Des consultations avancées sont ainsi proposées dans certaines vallées, comme celles de la Roya et de la Bévéra.

Trois réflexes peuvent vous aider à contourner ces angles morts au quotidien. D'abord, repérer les dispositifs locaux gratuits — conférences santé, ateliers de sensibilisation, programmes portés par les agglomérations ou les centres hospitaliers, souvent ciblés vers les jeunes, les personnes âgées ou les publics vulnérables. Ensuite, solliciter systématiquement auprès de votre médecin des conseils de nutrition et d'activité physique, au-delà de la seule ordonnance, comme le recommande le Dr Ferrier. Enfin, vérifier auprès de votre centre de soins coordonnés l'existence de consultations avancées ou de programmes de prévention pensés pour ramener l'offre médicale vers les zones sous-dotées ou les patients éloignés du système.

Décoder les angles morts de la prévention, c'est déjà reprendre la main sur sa trajectoire de santé — et rappeler, à chaque étape, que la prévention reste d'abord un droit de patient, pas seulement un mot de campagne.